MONUMENT AUX MORTS DE LA PREMIERE ARMEE

Déplacement du monument aux morts de la première armée


1914 - 2014 - Commémoration 100 ans après


(collection E.K.)

Origine du monument.

Le monument fut érigé le 10 octobre 1919 par le Génie du 22ème R.I. aux ordres du Lieutenant Dufour, à la mémoire de leurs frères d'armes de la 1ère Armée "Morts pour la France" le 18-20 août 1914.
Le 2 novembre 1930, le monument fut inauguré en présence du Général Reibell qui commandait la 31ème brigade à la bataille de Sarrebourg. Il retraça dans son discours les événements vécus à la bataille et ajouta, en désignant le cours sinueux du ruisseau de la Bièvre qui serpentait à quelques mètres de là, qu'il était rouge du sang des blessés et des tués.


(collection privée E.K.)
Cérémonie commémorative devant le monument aux morts avec la musique des 25ème tirailleurs en mémoire des morts de la guerre 1914-1918.

en ...1932.

Cérémonie commémorative des morts pour la patrie en 1914-18 devant le monument de la Bièvre par les autorités militaires en l'an 1931.
 

(collection privée E.K.)

Le mémorial restauré selon l'ancien sur le nouvel emplacement (19 août 2000)
 
(collection privée B.H)
 
(collection privée B.H)

Que rappelle ce monument à la population de Buhl ?
La guerre mondiale de 1914-1918 avec toutes ses misères, bien sûr, mais surtout une bataille meurtrière que les habitants ont subie et qui s'est déroulée dans leurs champs, leurs rues, leurs maisons, sous leurs yeux.
Au coeur d'un affrontement sanglant et sous un bombardement intense, ils ont vécu des minutes, des heures de folle angoisse et de danger mortel.
Après tant d'années, il est peut-être nécessaire de rappeler sommairement le déroulement de cette bataille sur le ban de Buhl., conséquence de la déclaration de guerre faite par l'Allemagne à la France le 3 août 1914.

Premier contact.

Mardi 18 août. Personne, en ce début d'après-midi, sur le grand terrain de manoeuvre qui longe la route du moulin. Seul le soleil écrase son sol dénudé par les incessants exercices des régiments de uhlans allemands et leurs chevaux. Le meunier, sorti du moulin, dirige donc son regard au-delà du terrain, vers l'ouest, sur la colline du Mouckenhof où s'allongent des champs de blé dorés, prêts à être moissonnés. Sur le fond jaune uni se détachent des points bleus inhabituels.
Nombreux, il semble se mouvoir par moment. Le meunier est intrigué mais déjà il voit surgir du thalweg un cavalier. L'éclaireur à cheval se dirige vers lui à bride abattue, l'interroge à la hussarde sur une éventuelle présence de soldats allemands et repart aussitôt. C'est le premier contact avec un soldat français. Les fantassins en pantalon rouge, capote bleu foncé et képi bleu à turban rouge suivront. Dans la soirée, Buhl est occupé par la troupe française.

L'arrivée des français.

Effectivement, ce 18 août en début d'après-midi, la 31ème Brigade venant d'imling et commandée par le Colonel Reibell marche vers Sarrebourg.

Aux environs de 14 heures, le Colonel Tourret à la tête du 95 ème Régiment d'Infanterie (R.I.) entre à Sarrebourg. Le Colonel Rabier passant par Hesse avec son 85 ème R.I. atteint Buhl et occupe le village sans avoir rencontré une résistance particulière de la part des troupes bavaroises en mouvement de recul.
Après 44 années d'occupation allemande, Buhl revoit des soldats français. Quel accueil leur réserver ? Tous savent qu'une bataille est imminente et le soir devant le danger, les habitants se regroupent et se préparent à dormir dans les caves si possible les plus solides. Ils attendent les événements de la nuit et du lendemain avec anxiété.
Sur son moulin isolé et pas trop exposé, le meunier juge prudent d'emmener sa jeune famille au village chez les beaux-parents, abandonnant demeure et bétail.

Les positions militaires.
Au soir du 18 août le Colonel Reibell commandant la 31ème B.I. s'est installé en ville à la sous-préfecture gardant trois bataillons sur Sarrebourg.
Derrière lui, sur les hauteurs du Rebberg, le Commandant Dessirier a disposé son artillerie. A sa gauche, le 95ème R.I. est positionné sur la route de Strasbourg. A sa droite, le 85ème R.I. occupe Buhl.
En face de l'armée française, l'artillerie allemande et la 1ère Division d'Infanterie (D.I.) bavaroise, bien retranchées sur les hauteurs de Réding.

Une première offensive.
Mercredi le 19 août, le 85ème R.I. reçoit l'ordre de s'emparer de Réding. A partir de 9 heures et jusque dans l'après-midi, s'exécute un déploiement d'infanterie française entre Sarrebourg et Buhl. Le Colonel Rabier laisse un bataillon en réserve à Buhl et pousse deux bataillons vers Eich et Petit Eich.
La progression se fait en terrain absolument découvert. Le feu précis de l'artillerie allemande, d'une extrême violence, cause des pertes considérables. Installées sur les hauteurs et distantes de dix ou douze kilomètres, les pièces allemandes (210 et 150) sont hors de portée des canons français (75). Des sections arrivent pourtant à Petit Eich d'où elles chassent les derniers allemands. Vers 16 heures, malgré tous les efforts, le 85ème d'infanterie ne peut poursuivre sa progression. Soumis à des tirs trop meurtriers de l'artillerie et des mitrailleuses, il abandonne sa tentative de progression. L'offensive française a avorté. Toutes les troupes passeront la nuit dans leur retranchement.

Batterie de 75 en action.

Cette journée a été essentiellement marquée par une activité soutenue de l'artillerie. Au village, la population qui s'était réfugiée dans les caves dès que le duel d'artillerie avait commencé, a dû participer au ramassage et à l'enterrement des morts, ainsi qu'au transport des blessés dans les hôpitaux de Sarrebourg. Neuf chargements, tirés par quelques chevaux qui n'étaient pas réquisitionnés, ont ainsi rallié Sarrebourg parfois sous le feu de l'artillerie. Au crépuscule, le meunier, comme d'autres fermiers, pense à ses bêtes abandonnées sans nourriture. Que faire ? Remontant la Bièvre, il ira les nourrir.
La nuit sera relativement calme avec toutefois des bombardements allumant des incendies. Les deux armées préparent l'offensive du lendemain.

La bataille décisive.
Dans la soirée, sont parvenus au Colonel Reibell les ordres d'attaques pour le lendemain. Le 95ème R.I. aura comme objectif d'enlever Eich et les hauteurs de Réding (Tinkelberg).
Le 85ème R.I. devra s'emparer de Petit Eich et de Réding.
Jeudi 20 août 1914.
Dès cinq heures, débute l'offensive française. Le 85ème R.I. reprend l'attaque vers Réding. Le Colonel Rabier a formé deux groupements ; celui de Buhl sous son commandement et le groupe d'attaque de Petit Eich avec le 2ème et 3ème bataillon commandé par Morin - Reveyron.
Sous les premiers rayons d'un soleil levé tôt dans un ciel dégagé de tout nuage, apparaît Réding entouré de défenses.
Les tranchées ennemies se découvrent sur les pentes dénudées, des mouvements se dessinent, des groupes de cavaliers apparaissent et pour la première fois un avion survole la position française.
La lutte d'artillerie recommence avec une puissance inouie. Les tirs allemands sont dirigés par un ballon captif qui a pris l'air à l'est de Kirreberg dès 5 h. 30. Des obus de gros calibres (210) tombent sur les habitations alors que les "77" et les "105" sont surtout destinés aux sections. Le groupement du Commandant Morin-Reveyron occupe Petit Eich et la Maladrie après une marche d'approche très rude et meurtrière, exécutée en partie dans le lit du ruisseau de la Bièvre. Les unités progressent péniblement.
Des éléments sont néanmoins poussés en direction de Réding, ils sont soumis en plein découvert à un violent tir bavarois. Malgré l'exemple du Colonel Rabier, un flottement se produit et seule une patrouille de la 9ème compagnie atteint les abords de Réding.

La contre-attaque allemande.
L'ennemi à son tour passe à l'offensive, appuyé par son artillerie lourde qui cause des pertes sensibles surtout aux cadres. Des forces allemandes, évaluées à une brigade, débouchent à l'est de Réding, elles descendent les pentes aux pas de course, en colonnes par quatre. La garnison de Petit Eich se défend avec acharnement.
Le Colonel Reibell dirige le combat du haut du toit de la caserne des Uhlans, en liaison par la vue et les cyclistes avec les Colonels Tourret et Rabier. A dix heures, il reçoit un compte rendu de son groupe d'artillerie qui ayant épuisé ses munitions se retirent du Rebberg devenu intenable. L'artillerie française réduite au silence, laisse son infanterie désormais livrée à ses propres moyens.
Grand Eich est bientôt abandonné par le 95ème R.I. La gare de Réding est reprise par les Bavarois. A Petit Eich, la position devient intenable. Ecrasés sous le feu de l'artillerie lourde, les français quittent le village sous les ordres du chef de bataillon Morin-Reveyron qui est blessé à mort quelques instants plus tard ainsi que le Capitaine De Prémorel, commandant la 6ème compagnie.
Talonnées par les Bavarois, les unités françaises privées d'une grande partie de leurs cadres, désorganisées, mélangées, se replient d'abord jusqu'à la route de Buhl et subissent d'effroyables pertes causées par les mitrailleuses et l'artillerie.
Vers 13 h. 30, les fusils français et surtout les mitrailleuses installées dans les proches casernes sarrebourgeoises par les bataillons de Tourret imposent aux troupes bavaroises une interruption dans leur progression. Mises en place entre 14 h. et 15 h., les mitrailleuses bavaroises crachent à leur tour le feu.

La retraite.
Sur le vaste terrain nu, entre Sarrebourg et Buhl, Petit-Eich et Imling-Hesse, les soldats s'affrontent. Les combattants, bayonnette au canon, avancent en rang ou progressent par bonds, souvent emmenés par leur chef. C'est ainsi qu'en tête de son unité, l'arme au poing, le Colonel Rabier est blessé près de Buhl, soigné il reprendra sa place à la pointe du combat.
Les rares obstacles, talus, murets, fermes, chapelle sont défendus avec acharnement. Le combat, souvent à l'arme blanche, sabre ou bayonnette, est sanglant.
Sarrebourg est en feu, de même que Buhl, lorsqu'à 17 heures le Colonel Reibell ordonne la retraite en direction de Hesse-Xouaxange. Elle s'opère par échelons sous le feu de l'artillerie ennemie. Dès 18 h., le Rebberg est occupé.
Au soleil couchant, la poursuite allemande est enrayée par un barrage d'artillerie et par une contre-attaque dirigée de Hesse sur le Rebberg. Le repli français se fait derrière le Canal de la Marne au Rhin, dont les soldats font sauter les ponts derrière eux.

Au soir de la bataille.
Aux environs de 22 h., c'est le "Halte au feu" pour l'infanterie. Les lueurs des incendies embrasent le ciel. Les morts et les blessés de cet affrontement entre français et allemands se comptent par milliers.

Les pertes du 95ème RI. sont lourdes.
1.067 officiers, sous-officiers et hommes de troupe manquent à l'appel le soir à Imling : morts, blessés ou portés disparus.

Le 85èmeR.I. est décimé.
Ces deux journées de combat ont enlevé au Régiment les deux tiers de ses cadres et un total de 1.137 tués, blessés ou disparus.

A Buhl, les habitants côtoient à nouveau des soldats en tenue "Feldgrau" et ils ne sont guère rassurés.

La guerre est toujours proche car Schneckenbusch pris le soir même au prix de lourdes pertes ne peut être tenu par la 29ème D.I. allemande et l'artillerie française continue à occuper Imling, le Mouckenhof et le Neuhof.
 
 
SCHLACHT BEI SAARBURG 20 AUG.1914
Kreuz auf dem Schlachfeld
"La Croix de Buhl"

La bataille s'éloigne.
Vendredi le 21 août à partir de 8 h., l'artillerie allemande occupant le nord de Hoff, la lisière nord-est de Sarrebourg, la Maladrie prépare l'attaque de la 1ère D.I. bavaroise. Elle prend essentiellement sous son feu la colline du Mouckenhof où l'artillerie française, y ayant établi ses positions, subit de lourdes pertes.
Vers midi, les hauteurs sont occupées. Schneckenbusch et Hesse tombent également. Le soir du 21 août le danger s'est déplacé sur les rives de la Sarre Rouge, en amont de Hermelange.


L'après-bataille.
Les habitants ont ramassé environ 600 morts Français et Allemands
qui ont trouvé une sépulture provisoire autour du village : haut du village, Wustmatt, Ritzwinkel, Helmatt, Brochmaettel, Grossfeld, Chapelle St Pierre, Ritti, Wespach, cimetière.
Il n'y eut heureusement pas de victimes civiles à déplorer comme à Schneckenbusch.
Mais la nervosité des combattants créa des situations pénibles. L'instituteur Hourt a manqué d'être abattu sous l'accusation de communiquer avec les Allemands.

La canonnade intense, par contre, a blessé le village pour de nombreuses années : maisons détruites ou endommagées, église, presbytère et école bombardés, champs et prés troués par les gros projectiles, détruite encore la ferme du Mouckenhof et détruit aussi le moulin du meunier.

Sources, extraits de l'ouvrage : "Août 1914 - La Bataille de Sarrebourg" SHAL 1993. Avec l'aimable autorisation de l'auteur Joseph Elmerich.